De l'écriture à la typographie

Le déclin de la civilisation romaine, la montée en puissance du christianisme et du livre sont ponctués par l’arrivée de nouvelles écritures : certaines restent dans le giron de la lettre capitale, d’autres s’en éloignent, disparaissent, surgissent, évoluent. L’une d’entre elles, l’écriture minuscule carolingienne (ou caroline), d’une forme ronde, régulière et particulièrement lisible est choisie et développée à la fin du viiie siècle par le théologien Alcuin, conseiller du futur empereur Charlemagne, pour être employée dans les écoles et les scriptoria des abbayes. Sa domination s’érode lentement au profit des écritures gothiques qui lui succèdent dans toute l’Europe.

C’est dans ce contexte où la copie manuscrite des textes est toujours prééminente, où le papier est devenu le principal support d’écriture que l’invention de la xylographie – l’impression manuelle de textes et d’images gravés sur bois – inaugure une première phase du développement de l’imprimerie à la fin du xive siècle. Elle est suivie quelques dizaines d’années plus tard d’une seconde plus cruciale, lorsqu’un orfèvre allemand de Mayence, Johannes Gensfleisch, dit Gutenberg, construit la première presse mécanique et« invente » la typographie. Contrairement à une idée solidement reçue, celle-ci n’est pas d’abord apparue en Occident mais en Chine, au xie siècle.

Qu’est-ce que la typographie ? Il est possible de la définir comme un dispositif technique, technologique et esthétique combinant la création, la production, la composition et l’impression de formes mécanisées issues de l’écriture et du dessin de lettre. D’une certaine manière, on peut dire qu’elle a été redécouverte par Gutenberg à travers la série d’opérations suivantes : on creuse d’abord l’extrémité d’une tige d’acier pour en dégager la forme inversée d’une lettre, d’un chiffre, d’un signe de ponctuation. Cette tige – le poinçon – vient ensuite frapper, pénétrer d’un coup sec un bloc rectangulaire de cuivre – la matrice –, qui reçoit de fait l’empreinte du poinçon en creux, à l’endroit. La matrice est placée dans un moule à l’intérieur duquel un alliage de plomb, d’étain et d’antimoine en fusion est versé avec une cuillère spéciale, puis instantanément éjecté : c’est le type, ou caractère, parfaite réplique du poinçon qu’il est possible de fabriquer à foison.

Gutenberg adapte la textura, un style d’écriture gothique employé en majorité dans le livre manuscrit, pour graver et fondre le caractère avec lequel il compose le texte du premier livre typographique européen, une bible de grand format (ou « Bible de 42 lignes »), imprimée entre 1452 et 1455 avec le partenariat du bailleur de fonds Johann Fust et du copiste Peter Schöffer. Tout le reste est histoire, littérature, typographie…