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Focus sur... Ravisius Textor à Nevers

Thierry Chancogne est enseignant, notamment à l’École Supérieure d’Arts Appliqués de Bourgogne (Ésaab Nevers), et théoricien du graphisme. Il a cofondé à Nevers la revue en ligne Tombolo, la maison d’édition éponyme et un lieu pédagogique dans lequel on trouve des expositions, une librairie et un atelier : Ravisius Textor.

 

Comment est née l’idée de créer Ravisius Textor ? 

L’idée de mettre en place la librairie-galerie-atelier Ravisius Textor est née de plusieurs envies conjointes partagées avec Florence Aknin, mon amie également enseignante à l’école, mais d’une question globale de pédagogie. L’idée de sortir l’enseignement des murs parfois opaques, du moins restrictifs, de l’école et de confronter les expériences à l’échelle 1. L’idée de montrer le travail des anciens et des actuels étudiants mais aussi de les rapprocher d’autres praticiens, de chercheurs, de commissaires, d’artistes, d’autres enseignants, d’autres étudiants. L’idée de constituer un lieu de documentation avec une librairie, d’animation avec un espace d’exposition, d’événement, de conférence, et de pratique avec un atelier risographie. L’idée de créer un lieu ambitieux pour que les étudiants y produisent des choses ambitieuses.

Il y a aussi l’idée assez politique d’occuper le terrain, de créer une espace de ce genre dans un lieu qui n’est pas a priori celui de la culture contemporaine la plus débridée. Ravisius Textor fut un humaniste nivernais aujourd’hui peu défendu dans son propre pays. Un pédagogue. Un éditeur qui inventa une forme de somme très renaissante dite de la cornucopia, ou « corne d’abondance ». Ravisius Textor, cette fois le lieu, est un projet d’édition de la maison neversoise Tombolo Presses, ouvert au centre-ville historique de Nevers. Une ville pleine de charme dont nous ne sommes pas originaires, quelque part dans la vaste diagonale du vide français.

 

Comment fonctionne le lieu ?

Le lieu a été entièrement confié à la conception d’anciens étudiants de l’école maintenant plutôt installés professionnellement. Il a été réalisé grâce aux efforts de nombreux étudiants présents à l’école, depuis partis pour la plupart d’entre eux dans d’autres formations supérieures. David des Moutis a ainsi conçu l’aménagement intérieur, Syndicat la façade, Kévin Bray le générique vidéo, Sarah Kremer et Thomas Bouville les typographies identitaires. Thomas a aussi conçu le site comme Manuel Zenner celui de Tombolo et de Tombolo Presses. Des équipes d’étudiants actuels en relation avec d’anciens étudiants ayant poursuivi leur parcours dans de nouvelles écoles ou des situations professionnelles, s’occupent autant que faire se peut des différents postes de travail du lieu. Par exemple un groupe gère la documentation des événements, un autre les parutions sur nos différents réseaux. La dernière réalisation en date a été la signalétique informative du lieu assurée par Ninon Chaboud et Jimmy Cintero avec l’aide précieuse et facétieuse d’Olivier Lebrun. 

 

Quelle a été la programmation jusqu’à présent ?

Comme annoncé, nous avons d’abord montré les productions d’étudiants de l’Ésaab de Nevers. Des anciens, plutôt confirmés dans leurs domaines respectifs comme, dans l’ordre d‘apparition, l’illustrateur et bédéiste Simon Roussin, le graphiste artiste Raphaël Garnier, la graphiste Manon Bruet et Spassky Fischer, le studio dans lequel elle évolue, l’artiste graphiste vidéaste Kévin Bray, l’enseignant et activiste digital Benjamin Gaulon. Prochainement nous attendons les graphistes Sacha Léopold et François Havegeer de Syndicat, ou Jérémy Barrault et Léa Audouze. Mais nous présentons aussi des travaux de diplômes d’étudiants sortants comme ceux de Victor Sirot et Geoffrey Bourgeois. Nous cédons lors de programmes dits de galeries d’essais l’espace aux étudiants pour des accrochages, des ateliers, des événements en lien avec leurs diplômes ou leurs envies. Ainsi Ninon et Jimmy ont invité, dans le cadre de leur diplôme, Angeline Ostinelli, une autre ancienne étudiante, et le collectif g.u.i. pour des rencontres-échanges d’éditeurs indépendants nommés Quiproquo et des conférences poétiques à partir de maquettes en blanc nommées Bibliothèque de Schrödinger. Éloïsa Perez, Angélique Buisson ou Alexandru Balgiu sont aussi venus présenter des conférences ou participer à des événements à l’invitation des étudiants. Il y a aussi des studios, des graphistes ou des artistes plus ou moins jeunes qui viennent exposer en relation à des interventions à l’école ou pas, comme à nouveau Alexandru Balgiu, Georgia René-worms et Roxanne Maillet, Spassky Fischer, Julie Héneault et Émilie Ferrat (Ness) ou Kevin Desbouis.

 

Il y a un atelier au sein duquel se prolonge la dimension pédagogique du lieu. De quelle manière ?

L’atelier de production risographie fait partie du projet depuis le début. Du reste les étudiants produisent avec notre riso un certain nombre d’imprimés qui sont vendus dans le lieu mais aussi nos documents de communication et d’information. Une nouvelle collection Ravisius Textor globalement imprimée maison est disponible sur site et en ligne sur les réseaux de Tombolo Presses. On y trouve par exemple une revue typographique étudiante contributive dirigée par Ninon et Jimmy initiée dans le cadre de leur diplôme de Dsaa et un certain nombre d’éditions liées à la vie du lieu et à ses expositions. 

Mais nous voulons développer notre politique pédagogique d’atelier. En juillet dernier, nous avons initié un nouveau programme de summer school en la confiant à Benjamin Gaulon, alors encore responsable du master Art, media et technology à la Parsons Paris. Il a invité durant deux semaines tout un parterre international de chercheurs, de théoriciens et de praticiens, avec une trentaine de formateurs dont par exemple Alex McLean (UK), LoVid (US), Daniel Temkin (US), Alessandro Ludovico (IT), Nicolas Nova (CH) ou ::vtol:: (RU), et une vingtaine d’étudiants venus de partout. Dix soirées de conférences ont été données dans la rue devant Ravisius avec des expositions à l’intérieur. L’événement a fini par une soirée d’expérimentations image–son dans la belle église expérimentale Ste Bernadette de Claude Parent et Paul Virilio. 

L’été passé nous avons assuré les formations dans des anciens ateliers de faïencier qui nous avaient été généreusement prêtés, mais nous sommes en train de réhabiliter le premier étage du bâtiment dont Ravisius occupe le rez-de-chaussée. L’idée est d’y assurer prochainement des ateliers locaux dirigés par des amis artistes, illustrateurs, commissaires, musiciens et enseignants déjà investis dans le projet. Mais aussi d’y proposer des rendez-vous nationaux avec des écoles et des praticiens amis et internationaux comme la prochaine summer school prévue avec nos amis belges de Sint Luca Grafisch Ontwerp Gent.

 

Quelle exposition présentez-vous en ce moment ?

Nous sommes très fiers d’avoir verni ce samedi 23 novembre 2019 Black Chamber Orchestra (I/10) l’exposition d’un nouveau projet de Karl Nawrot soutenu par la Fondation des artistes, la Cité internationale des arts et Le Signe. Cette exposition est liée à la présentation plus rétrospective Phénomènes que nous co-produisions cet été avec Le Signe dans le cadre de la Biennale internationale de design graphique de Chaumont.

 

 

Interview réalisée par Véronique Marrier, cheffe du service design graphique au Centre national des arts plastiques