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Focus sur... Peter Knapp

Peter Knapp, Chemin de fer à l’aquarelle, Marie Claire Bis, 1971 © D.R. / CNAP / Photo Yves Chenot

Valentine Meyer, commissaire de l’exposition  « Peter Knapp, Elles, 101 regards sur les femmes » au musée des Suisses dans le Monde, revient sur ce projet.

Comment avez-vous imaginé cette exposition sur Peter Knapp et les femmes ?

Peter Knapp est un artiste inclassable, graphiste, typographe, directeur artistique, photographe, peintre, dessinateur, réalisateur, il fallait trouver un fil d’Ariane dans cette œuvre riche et foisonnante. Nous avons choisi les femmes par rapport au lieu, le bel écrin du musée des Suisses dans le Monde qui dans sa collection permanente sur l’histoire de la Suisse depuis Guillaume Tell est plutôt masculin et classique. Donc en plus du fait que Peter soit un suisse dans le monde, c’était tentant de présenter son œuvre autour des femmes et des diagonales. Et puis ce choix, sans être une rétrospective à proprement parlé, permet de couvrir l’ensemble d’une vie de création « photo-graphique » avec à la fois ses travaux de commandes, 3 salles sont dédiées à ses expérimentations pour le magazine Elle des années 1960 à 1980, ou ses photographies pour de grands couturiers comme par exemple Courrèges, Ungaro, Yves St Laurent et ses courts films espiègles « Dim, Dam Dom »réalisés avec Daisy de Galard. Puis 3 salles regroupent ses travaux plus personnels et plus récents, car il a aussi choisi à un moment de s’écarter de la mode. L’accueil de ce projet par le directeur du musée , Anselm Zürfluh, a d’emblée été enthousiaste parce qu’entre autres, c’est la première fois qu’une telle exposition est organisée à Genève, nous y présentons plus d’ une centaine de travaux. Et ce qui frappe notre regard d’aujourd’hui, c’est qu’à l’image de ces femmes, l’œuvre de Peter couvrant plus de 50 ans de travail et d’expérimentation, reste résolument moderne, libre et en mouvement.

L'exposition a lieu au musée des suisses de l'étranger, Peter Knapp est-il perçu de la même manière en France et en Suisse ?

Je ne pense pas. Après une formation à la Kunstgewerbe Schule de Zürich dirigé par un des maîtres du Bauhaus, Johannes Itten, il choisit de s’installer à Paris en 1952, car Matisse et Picasso y vivaient. Il vient donc étudier la peinture aux Beaux Arts. Pour gagner sa vie d’étudiant, il présente notamment ses œuvres typographiques qui sont souvent jugées trop froides et construites même si on leur reconnait une bonne lisibilité, alors qu’il était sorti major de sa promotion à Zürich. Il faut dire qu’à cette époque selon les mots de François Barré, « La France était du point de vue du design, et notamment du graphisme, dans un état d’arriération remarquable. » Évidemment les choses vont évoluer et il rencontrera en France, via la direction artistique des Galeries Lafayettes puis du magazine Elle, le succès que l’on sait. Je me souviens d’ailleurs en tant qu’enfant à Paris, j’adorais piquer le magazine Elle de ma mère, pour regarder les belles images. Je pense que cet aspect de son travail reste moins largement connu en Suisse. Comme je vous le disais, il ne me semble pas qu’un musée suisse l’ait exposé. D’ailleurs même si Peter est conscient de l’atout que sa formation lui a apporté, il ne se reconnait pas pour autant de l’école typographique suisse, celle développée pendant la guerre par Max Bill, Adrian Frütiger, Richard Paul Lohse. Effectivement il s’en différencie en se lancant dans une recherche très libre avec des pochoirs et des tampons, des écritures à mains libres et au pinceau comme l’illustrent si bien ses chemins de fer réalisés à l’aquarelle que nous exposons justement, pour montrer la richesse de sa position unique entre deux ... ( à noter qu’une conversation sera organisée avec Peter Knapp et notamment les étudiants de l’ECAL et de la Head le 10 Octobre au Musée).

À côté des deux chemins de fer issus de la collection du Centre national des arts plastiques et des nombreuses autres commandes sont présentés des travaux plus personnels, quels sont-ils ?

Oui une autre facette de Peter qui est aussi un humaniste, sera présentée, avec des photographies où il est question de couleurs de peau, de femmes griffées, et une oeuvre réalisée specifiquement pour le Musée, intitulée «L'Avenir de Genève » qui est une grande fresque taille réelle de femmes enceintes nues. Un catalogue sera d’ailleurs publié à l’occasion de cette exposition, dont le graphiste, Werner Jeker, est aussi une pointure du graphisme helvète. Je vous laisse imaginer le merveilleux résultat de cette collaboration !

Entretien réalisé par Véronique Marrier, chargée de mission pour le design graphique au Centre national des arts plastiques et co-commissaire de « Graphisme en France 2014 ».