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Focus sur… Le Mois du graphisme d’Échirolles

Diego Zaccaria, directeur des affaires culturelles de la Ville et du Centre du graphisme d’Échirolles, présente le programme du Mois du graphisme et les perspectives liées à l'ouverture du Centre du graphisme. 

La nouvelle édition du Mois du graphisme a lieu du 15 novembre 2014 au 30 janvier 2015, pouvez-vous nous présenter le programme de cette année ?

Le Mois du graphisme a toujours été organisé autour des grandes tendances internationales du design graphique mêlant de grandes figures telles que Paula Scher, Neville Brody ou Studio Dumbar et de véritables découvertes comme l’Ivoirien Idrissa Diara, la libanaise Leïla Musfy, ou encore le surprenant graphisme iranien présenté en 2002 lors de l’exposition « Le Cri Persan ».
Pour cette édition du Mois du graphisme, qui marque sa vingt-cinquième année d’existence, nous avons souhaité montrer différentes facettes du jeune design graphique français à travers des expositions, des projections numériques, des génériques de films, sans prétendre à l’exhaustivité.
L’exposition « Un tour de France des jeunes designers graphiques », présentée lors de la Fête du graphisme de Paris, a été enrichie de nombreux travaux dans une nouvelle scénographie aux Moulins de Villancourt. Elle met en exergue la vitalité, la créativité, de 64 ateliers et individualités qui s’expriment sur le territoire national, réunit par le commissariat collectif constitué par Michel Bouvet.
Au Musée Géo-Charles, « Yann Legendre : un Français à Chicago », nous fait partager une œuvre délicate et sensible d’une étonnante diversité. Yann Legendre, qui a travaillé dix ans à Chicago, prouve que le talent issu de nos écoles et de notre culture s’exporte bien.

A la bibliothèque Kateb Yacine, « Lola Duval & compagnie… » construit un univers éclectique unifié par sa vision colorée et poétique du monde qui l’entoure.
Avec « 20/20 », à la Rampe,  13 écoles internationales fêtent le graphisme en réalisant une affiche ou un film d’animation autour de la représentation graphique de grandes villes françaises.
Gérard Paris-Clavel quant à lui s’est emparé du Musée de la Viscose, pour faire entrer en dialogue la collection permanente consacrée à la mémoire ouvrière et l’affiche, pour « Penser un monde nouveau ». L’exposition montre combien ces images font partie de notre langage visuel commun. Une réflexion qui se prolongera par trois conférences organisées avec le quotidien L’Humanité.
Il en va de même pour « 14-18, la der des ders ». Certaines images, affiches ou cartes postales, journaux font partie du patrimoine national. Elles se transmettent de génération en génération, et nous avons bâti l’exposition exclusivement avec le prêt d’habitants d’Échirolles et les affiches du collectionneur isérois Bernard Champelovier.
L’Histoire, se reconstruit à partir de ces images qui sont un point d’impact social utile à la compréhension du fonctionnement social.
L’exposition Justin Grégoire « Animots et Paysages » présentée à Seyssins nous rappelle combien l’imaginaire poétique et visuel participe à l’élaboration du rêve collectif plus que jamais nécessaire dans la morosité ambiante.
Enfin, il ne saurait y avoir de transmission, sans analyse critique. C’est l’objet de l’exposition présentée à Varces-Allières et Risset : « Les images mentent ? Manipuler les images ou manipuler le public ». L’historien Laurent Gervereau a eu l’idée de mettre à la disposition de tous des images commentées qui feront l’objet d’un travail pédagogique sur ce thème.
Cette programmation est complétée par les workshops, la masterclasse, les conférences pédagogiques, les visites commentées et animations de toutes sortes…

De nombreuses actions pédagogiques sont organisées, quelles sont-elles ? Quel constat faites-vous de l'intérêt porté à la création graphique par les élèves et les enseignants ?

Les actions pédagogiques, didactiques ou de sensibilisation sont des dispositifs incontournables que nous développons non seulement durant les deux mois et demi que dure l’événement mais également entre deux Mois du graphisme. L’éducation du regard est pour nous un impératif démocratique, pour reprendre l’expression de Laurent Gervereau. Cela répond à une attente du monde de l’Éducation Nationale et du grand public en général qui comprend, progressivement, l’intérêt de s’interroger sur son environnement visuel. C’est le lien entre l’image produite et diffusée, quel que soit son support, et la société qui est au cœur de notre démarche. Trois conférences pédagogiques sur ce thème sont destinées à des dizaines d’enseignants des écoles élémentaires. Les éléments de culture graphique que nous leur apportons, leur permettent de travailler en amont et en aval des visites commentées et des ateliers de pratiques artistiques organisés durant le Mois du graphisme autour des expositions présentées. L’intérêt peut se mesurer en nombre de classes inscrites dans les parcours proposés, puisque nous dépassons d’ores et déjà le nombre de 150 provenant de tout le bassin éducatif grenoblois.

C’est un travail qui se poursuit sur tout le temps de l’enfant : scolaire, périscolaire, extrascolaire ; chaque temps faisant l’objet d’une attention particulière, chacun apportant son savoir-faire dans une belle complémentarité construite au fil des ans ; ce qui donne tout son sens à l’événement et à notre travail en général.

Le Centre du graphisme ouvre dans un peu plus d'un an, pouvez-vous nous parler du projet ?

Tout ce qui précède comporte les éléments de réponse à votre question. Il ne s’agit pas seulement de montrer ce que serait l’excellence du design graphique, mais également de donner des éléments de compréhension du lien qui existe entre les productions visuelles de toutes sortes et le fonctionnement d’une société quelle qu’elle soit. Chaque production, sur laquelle nous pouvons porter un jugement singulier, est une fenêtre ouverte sur une société, une culture qu’elle nous soit proche ou éloignée. C’est cette idée majeure de la contextualisation de la production visuelle que nous ambitionnons, en ne dissociant pas le fond de la forme. Si au fil du temps, l’image devient document à partir duquel l’Histoire se reconstruit, elle est utile pour la compréhension du fonctionnement social présent. Cela nécessite le développement d’un regard critique, par la diffusion d’une culture graphique et des actions de médiations qui l’accompagnent. C’est un vrai défi. Il n’est pas aisé d’en faire saisir la portée, tant il imprègne le quotidien de chacun. C’est un paradoxe. Mais dans une société « conquise par la communication » une approche citoyenne du design graphique et de la communication visuelle est plus que jamais nécessaire. C’est parce que notre travail a su s’ancrer dans la réalité locale, tout en s’ouvrant à l’international, que nous avons acquis la maturité et aussi la reconnaissance permettant d’envisager un lieu permanent, et de dépasser la seule logique événementielle. Les leçons tirées du passé, la vivacité des productions d’aujourd’hui, l’attention portée à ce qui paraît se dessiner pour l’avenir, guident notre projet.

C’est pour ces raisons que le Conseil Municipal d’Échirolles a décidé de créer le Centre permanent du Graphisme dans un lieu emblématique de l’exercice de la citoyenneté : l’ancienne Mairie d’Échirolles. Soutenu par le Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Rhône-Alpes), le Conseil régional Rhône-Alpes, le Conseil général de l’Isère et nous l’espérons Grenoble Alpes Métropole (La Métro), le Centre permanent du Graphisme sera livré au printemps 2016. Échirolles disposera d’un outil d’environ 800m2 avec salles d’exposition, atelier numérique et atelier de pratique graphique, animé par une équipe permanente de cinq personnes.

C’est un acte politique courageux dans un contexte financier difficile. Il souligne la prise de conscience de la nécessité d’apporter dans les domaines du design graphique les outils qui permettent la transmission et l’élargissement de la connaissance auprès de tous les publics. Mais cela n’aurait pas pu s’imaginer sans le talent des graphistes présentés à travers près de 250 expositions, le dévouement des commissaires d’exposition, des scénographes, des personnels et élus du Centre du graphisme, la confiance des financeurs publics et privés qui nous accompagnent dans cette aventure.

Entretien réalisé par Véronique Marrier, chargée de mission pour le design graphique au Centre national des arts plastiques et co-commissaire de « Graphisme en France 2014 ».