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Focus sur... Itinéraires Graphiques #3

Muzo est le directeur artistique de la troisième édition de la biennale « Itinéraires Graphiques » qui, pendant les mois de mars et avril 2014, se tient dans huits lieux différents répartis dans cinq villes du Pays de Lorient. Il nous parle de cet événement et des artistes qu'il a réunis pour l'occasion.

Muzo, comment avez-vous défini les thèmes et procédé à la sélection des artistes ?

J’ai souhaité tout d’abord inviter des artistes dont je me sens proche par le travail mais aussi personnellement. D’ailleurs, l’un des premiers titres envisagés pour l’une des expositions était « Muzo et ses amis ». Mais ce qui m’importe véritablement c’est la nature et la qualité de leur travail. Tous ces artistes ont en commun le fait de s’exprimer sur plusieurs terrains à la fois : ceux de l’illustration, du graphisme, de la peinture, de l’édition. Car ce qui m’intéresse c’est aussi la perméabilité entre les catégories, la liberté de passer de l’une à l’autre, de dépasser les frontières imposées. Tous ceux qui participent à ce projet parlent du monde dans lequel nous vivons, tous ont un regard actuel et vivant sur ce qui nous entoure. Je pourrais ajouter que, pour chacun d’eux, l’image est au premier plan de leurs préoccupations, l’image sous toutes ses formes : peinte, dessinée, photographiée, gravée, imprimée ou numérisée. 
Vous savez, il y a de nombreuses manières d’être graphiste. Pour certains, c’est le texte et la typographie qui sent prédominant dans leur travail, pour d’autres, le recours à une composition rigoureuse et à une mise en page très travaillée. Pour tous ceux réunis ici - même s’ils ne manquent ni de rigueur ni de qualités typographiques ! - c’est l’image narrative qui est souvent leur meilleur moyen d’expression et de création.

Fantôme, qui est un collectif de jeunes graphistes, présente ses travaux à l’Atelier Estienne à Pont-Scorff. Formé de quatre anciens étudiants des Beaux-Arts de Lorient, ils éditent depuis 2010 un « graphzine » dans lequel ils donnent libre cours à leurs recherches. Pouvez-vous nous parler de cette culture du « fanzine » que vous connaissez bien et de son actualité dans le monde du graphisme ?

« Fanzine » est un mot apparu dans les années 80 pour désigner de petites publications, plus ou moins sauvages et artisanales, réalisées par des fans de bande dessinée, science-fiction, de musique ou d’autre chose. Ce sont des objets produits avec les moyens du bord qui permettent de prendre position, de s’exprimer sur un sujet et de l’accompagner. Le « Graphzine » en est une extension qui nomme ceux qui sont essentiellement consacrés à l’image, dans lesquels elle est au tout premier plan et souvent sans texte. C’est, encore aujourd’hui, un mode d’expression très utilisé, et ce malgré l’apparition des blogs et autres moyens numériques de s’exprimer, car on y trouve tous ceux qui ont une vraie exigence d’un travail de « qualité ». La sérigraphie, par exemple qui est très souvent utilisée, permet de produire de très beaux objets, de travailler les couleurs et les matières. Tout cela montre que le papier n’est pas mort et le travail de Fantôme est là pour le prouver !

Depuis le Journal de Placid et Muzo au début des années 80, vous avez publié et illustré de très nombreux ouvrages et vous allez présenter votre travail à l’École européenne supérieure d’art de Bretagne. Quels sont les projets récents qui vous ont tenu tout particulièrement à cœur et quels sont vos projets ?

En 2011, j’ai publié un livre intitulé « Un mort par jour ». C’est un projet auquel je pensais depuis longtemps et j’ai été très heureux de pouvoir le réaliser. Chaque jour de l’année, j’ai fait un dessin consacré à une personne qui venait de mourir et le sous-titre du livre est « 365 notices nécrologiques en dessins ». Morts illustres ou morts inconnus, tous sont traités avec un humour plutôt grinçant qui me ressemble bien. En mars paraît mon dernier livre : « Faut qu’on y aille sinon on va louper le dernier drakkar » aux éditions l’Association. C’est un vrai-faux manuel de bande dessinée à l’usage de tous et qui répond à beaucoup de questions et permet de s’instruire avec humour.

 

Entretien réalisé par Marc Sanchez, directeur de la production artistique au Centre national des arts plastiques et co-commissaire de « Graphisme en France 2014 ».