accueil

Focus sur... Graphisme contemporain et engagement(s)

Anne-Marie Sauvage du Département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France et Sandrine Maillet du Département de la Réserve des Livres rares de la Bibliothèque nationale de France, présentent l'exposition Graphisme contemporain et engagement(s) dont elles ont assuré le commissariat.

- Vous êtes les commissaires de l'exposition Graphisme contemporain et engagement(s) qui est présentée en ce moment à la Bibliothèque nationale de France. Comment avez-vous imaginé ce projet ?

Graphisme contemporain et engagement(s), qui se tient du 22 septembre au 22 novembre 2015 à la Bibliothèque nationale de France - site François Mitterrand, s’inscrit dans une série d’expositions présentant des graphistes, toutes générations confondues, qui travaillent en France avec des travaux réalisés depuis 2000. Après le thème de la création contemporaine (en 2011) et celui du patrimoine (en 2013), nous voulions explorer celui de l’engagement. Pensant à l’histoire du graphisme et notamment aux graphistes militants des années 1970, tels Grapus, Alain Le Quernec ou Claude Baillargeon, nous nous sommes demandé ce qu’il en était pour les quinze dernières années.

- Comme vous le suggérez dans le titre de l'exposition, quelles sont les différentes formes d'engagement que l'on peut découvrir dans l'exposition ?

Il s’agit d’un engagement au sens large, symbolisé par le pluriel dans l’intitulé de l’exposition. Nous voulions nous intéresser aux créateurs graphiques dans les champs politique, social et humanitaire. Ainsi nous montrons des travaux réalisés pour des organismes très divers, par leurs préoccupations comme par leur taille. Ce sont des collectifs de dénonciations, de revendications ou de propositions alternatives (CGT, Ligue des droits de l’homme, Votation citoyenne, Droits des femmes, D’ailleurs nous sommes d’ici, Collectif pour des alternatives au capitalisme, Marché équitable, etc.) ainsi que des associations humanitaires (Secours populaire français, Emmaüs) ou encore des collectivités publiques (villes de Bobigny, la Courneuve, Quimper). Nous montrons également des travaux graphiques, dont la dimension sociale et/ou politique est manifeste, et qui ont pu naître dans le cadre de projets artistiques. Que ce soit lors de festivals d’art ou de rénovations urbaines avec des ateliers participatifs au sein de populations comme les habitants d’un quartier… Les « commanditaires » s’engagent dans des combats pour des valeurs et les graphistes peuvent être sollicités comme sympathisants, accompagnant des manifestations de rue ou des actions de communication. Les graphistes peuvent aussi, qu’ils se considèrent comme militants ou non, prendre eux-mêmes l’initiative de ces expressions et de ces combats.

- Quelles sont les différents styles d'écriture graphique que l'on retrouve dans les projets présentés ?

Il y a autant de styles qu’il y a de graphistes et … de projets ! Mais ce que l’on peut remarquer d’emblée, indépendamment de ce que chaque graphiste apporte d’unique, c’est l’extrême dynamisme, la vivacité qui se dégagent de cet ensemble et aussi le côté galvanisant des réponses sur des sujets graves (immigration, précarité, sans-papiers, racisme, citoyenneté, violences faites aux femmes, etc.)
L'engagement de certains graphistes est tel qu'ils prennent eux-mêmes en charge la rédaction des messages, la conception des objets et leur diffusion. Dans quels contextes s'organisent ces projets ?
On citera tout d’abord Gérard Paris-Clavel, co-fondateur de l’association Ne pas plier qui s’attache justement à créer des possibilités de diffusion d’images politiques et sociales. Nous pensons aussi à l’appel à création d’images lancé notamment par Thierry Sarfis en soutien à la révolution tunisienne qui devient une exposition itinérante, Le peuple veut, ouvrant sur des rencontres et de nouvelles actions. Ou encore la démarche de Dugudus qui installe son atelier de sérigraphie dans la rue lors de la Marche des fiertés et distribue ainsi ses affichettes aux manifestants. Mais évoquons aussi Guillaume Lanneau qui, à propos de ses autoproductions, souligne la difficulté actuelle de faire vivre ses images dans la sphère politique

- L'exposition présente les travaux de 27 graphistes contemporains qui peuvent être des affiches, des livres, des plaquettes, des autocollants, ces formes de diffusion ont-elles évolué ? Comment sont-elles distribuées ?

La variété des formats et des supports comme la diversité des projets exposés correspond au quotidien des graphistes qui sont amenés à travailler aussi bien sur de grands formats d’affiche qu’à l’échelle d’une couverture de livre, d’un autocollant ou d’un flyer. Les affiches, les livres, les plaquettes et autres supports sont a priori diffusés par les réseaux liés aux commanditaires : dans les manifestations de rue, comme dans la distribution ou l’affichage (sauvage ou non) par des associations, des centres sociaux, des institutions publiques....
Internet, les blogs et les réseaux sociaux ne se sont pas (pas encore ?) substitués au papier. Il peut y avoir des allers-retours entre ces supports. Une image postée sur un blog peut ensuite être éditée en affiche ou faire l’objet d’une couverture de journal, comme ce fut par exemple le cas pour la Marianne à la guitare de Pascal Colrat.
Pour Gérard Paris-Clavel, « chacun doit pouvoir inscrire sa propre dynamique avec une image politique dont la force est dans son partage actif » (Chroniques de la BnF, sept.-déc. 2015)

Entretien réalisé par Véronique Marrier, chargée de mission pour le design graphique au Centre national des arts plastiques