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Focus sur… « Comment, tu ne connais pas Grapus ? »

Léo Favier est un auteur et graphiste français vivant à Berlin. Il écrit et produit des livres en les autoéditant. Son nouveau projet de livre Comment, tu ne connais pas Grapus ?, publié par Spector Books, a bénéficié d’une aide à l’édition du CNAP.

Quelle est la genèse de ce projet d’édition ?

Après un Diplôme national d’arts plastiques (DNAP) à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg (HEAR), je suis parti en  2007 à Berlin dans le cadre d’un programme ERASMUS.  À l’école des Beaux-Arts de Berlin-Weissensee, j’ai suivi un cursus de communication visuelle. La grande liberté de cette école me permettait entre autre de fabriquer les soirs et les week-ends dans ses locaux des petits tirages de livres, fanzines, etc.. que je distribuais autour de moi et en librairie. Le rapport à la production manuelle et physique de ces objets était nécessaire pour moi, comme le désir de les diffuser en dehors de l’école.

Pour mon diplôme de fin de d’étude, je ne savais pas trop vers quoi me diriger. Un de mes professeurs, Alex Jordan ancien membre de Grapus, m’a alors conseillé d’aller voir les archives du collectif qui se trouvent à Aubervilliers. Je n’avais pas, à l’époque, une grande connaissance du groupe mais les questions de filiation, d’inscription dans un métier, dans un mouvement déjà lancé m’intéressaient énormément. Au milieu de tous ces documents, je suis tombé sur la monographie de Pierre Bernard Mon travail ce n’est pas mon travail (Lars Müller Publishers, 2007) avec la liste de tous les participants français et étrangers du collectif, plus d’une cinquantaine de personnes ! À ce moment-là, l’idée de réaliser une enquête, de rencontrer et interviewer toutes ces personnes m’a semblé évidente. Il n’existait presque rien sur ce collectif. J’ai donc commencé à appeler ces gens, un peu au hasard. Certains entretiens duraient une heure, d’autres une journée entière. Au bout d’une année de conversations collectées, j’ai décidé de retranscrire ces heures d’entretiens et de faire un livre sur Grapus pour mon diplôme de fin d’étude. Pour ce projet, je ne voulais pas faire un simple livre d’images. J’ai toujours beaucoup écrit et je suis passionné par le récit.  J’allais donc réaliser une biographie de Grapus à plusieurs voix, une biographie «polyphonique ».

Quel a été le processus qui a mené à publier cet ouvrage ?

J’ai tout d’abord publié le livre pour mon diplôme. Toujours dans ce même souci de diffusion de mon travail, je l’ai autoproduit à 130 exemplaires. Après quelques événements, à l’Institut français de Berlin, au Festival international de l’affiche et du graphisme de Chaumont ou à la galerie Anatome à Paris, des personnes me contactaient directement pour acheter un exemplaire de l’ouvrage. J’ai pu constater au fil des mois un grand intérêt pour Grapus et je me suis dit que ce livre devrait être publié et diffusé de manière plus professionnelle en passant par un éditeur. J’ai parlé du projet à Markus Dreßen de Spector Books, que je connaissais pour l’avoir invité à participer à une conférence quelques années auparavant. Cette maison d’édition allemande publie des livres à la frontière entre l’art, la théorie et le design avec une forte inclinaison pour le design graphique dans chacun de ses ouvrages. Spector Books, basé à Leipzig,  a manifesté de l’intérêt pour le projet. Ils souhaitaient par ailleurs s’implanter dans le marché français, et la distance entre l’éditeur et le sujet permettrait plus de souplesse dans les relations avec le groupe.  L’aide à l’édition du CNAP, en dehors de son aspect financier, a finalement conforté l’éditeur sur la faisabilité du projet. Une institution en France montrait son intérêt et son soutien pour l’histoire de ce groupe et pour cette édition.

Vous dites être dans une forme de filiation avec Grapus, notamment par rapport à la question du collectif, comment envisagez-vous cette question dans votre propre pratique ?

La question du collectif revient constamment dans  le livre. Comment travailler ensemble, dans l’amitié, la fusion ou même le conflit ? Est-ce que l’utopie d’une génération, dans ce cas précis un groupe de graphistes souhaitant «changer la vie » par les images, peut s’appliquer à une autre génération peut-être plus pragmatique ? Comment trouver un équilibre dans un déséquilibre ?

En sortant de l’école, je me suis longtemps posé la question de travailler en groupe, fonder un studio, pour finalement me retrouver 3 ans plus tard  indépendant mais partageant des machines, un atelier et travaillant la plupart du temps en collaboration avec des graphistes, des illustrateurs ou des photographes, souvent les mêmes personnes. Je fais aussi partie du collectif international Piece of Cake (POC), qui se réunit deux fois par an pour des workshops qui permettent d’échanger entre artistes sur les questions de création, production et diffusion de notre travail.

La plus grande diffusion de ce travail sur Grapus, entamé en 2009, est très importante pour moi, je suis ravi qu’un large  public puisse enfin y avoir accès.

Propos recueillis par Laurence Dalivoust, responsable de la commission d’aide à l’édition du Centre national des arts plastiques.

>> Un lancement du livre est organisé le 4 décembre 2014, à18h30, à la librairie Le Monte-en-l’air, 71 rue de Ménilmontant / 2 rue de la Mare, 75020 Paris.

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