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Focus sur... Chaumont Design Graphique

L'affiche de « Chaumont Design Graphique », par Loulou Picasso

Étienne Hervy, directeur artistique de « Chaumont Design Graphique », présente la nouvelle édition du festival et les perspectives du futur Centre international du graphisme qui doit ouvrir ses portes en 2016.

Quelle est la programmation du festival cette année ? Elle intègre de nombreuses publications qui sont des prolongements des expositions, comment articulez-vous ces deux propositions ?

Nous faisons au mieux pour être là où on ne nous attend pas. La programmation commence avant même les expositions, avec le choix de l’auteur de l’affiche par exemple. À cet endroit, Loulou Picasso a conçu un objet qui agit davantage comme la pochette d’un album que serait le festival plutôt que comme un objet de communication conventionnel. Aujourd’hui, l’exposition ne peut suffire comme média pour aborder la diversité des enjeux et des pratiques du design graphique, pour relayer les approches critiques ou historiques qui se développent actuellement à son endroit. Le Festival est désormais pensé sous formes d’expositions, de publications (liées ou non aux expositions), de paroles (conférences, groupes de travail) et d’ateliers pour les étudiants (près de 140 cette année) et le grand public.

Conçue avec Mathias Schweizer pour le graphisme et Dimitri Mallet pour la scénographie, « Surface habitable » combine, par exemple, un espace physique à un espace imprimé (dans un format journal imprimé en rotatives), afin de présenter des travaux et des démarches contemporains. Cette articulation permet au visiteur de construire sa relation aux objets (re)présentés avant que la lecture n’amène des éléments d’information et de précision. Dans le lieu, des sites internet sont manifestés par six affiches et par des QR codes que le visiteur peut, ou non, activer. La réception de ces travaux est ainsi fragmentée entre l’expression des affiches, le contenu du journal et une consultation des sites possible mais différée.

Une autre publication très importante pour nous est Eigengrau, tant par ses enjeux que pour ses 704 pages. Conçue avec Thierry Chancogne, Alex Balgiu et Olivier Lebrun elle vise à étendre le champ d’investigation et de discours du festival, à pointer des secteurs et des abords du design graphique qui nous semblent trop peu éclairés alors qu’ils ont essentiels pour la constitution d’une culture et d’une pratique contemporaine du design graphique. À travers ce projet, nous travaillons à ce que le festival ne soit pas uniquement adressé à ses visiteurs professionnels ou profanes, qu’il ait des répercutions sur l’ensemble du territoire français et nourrisse les discussions qui y animent le graphisme.

Vous avez souhaité organiser, à l'occasion de cette 25e édition, un séminaire de travail avec des organisateurs de festivals et d'événements français et étrangers. Quelles sont les perspectives de collaboration de ces différents partenaires ?

D’abord échanger sur nos pratiques. Si notre rôle et de renseigner les designers, les étudiants et les profanes sur les enjeux et les réalités du design graphique, nous sommes chacun isolé dans ce travail. Clairement, et c’est une bonne chose, aucun de nous ne se pense en concurrent des autres événements.  Confronter nos modèles, nos méthodes et les points de vue que nous proposons était essentiel. Croiser nos regards pour mieux se connaître donc, mais aussi pour savoir que ce que nous pouvons faire ensemble, de quelle façon et dans quel but. La première étape de notre projet commun est un réseau coordonné qui nous permette d’optimiser notre communication auprès des designers, des institutions et du public, mais aussi qui soit un outil de concertation et d’optimisation de nos expositions par exemple. Pour Chaumont c’est la suite d’une évolution logique, qui a d’abord consisté à mettre en place une itinérance de nos projets, puis des coproductions en France d’abord, en Europe aujourd’hui et de plus en plus souvent dans des contextes jusque là étrangers au design graphique. Il s’agit aussi de faire en sorte que le Centre international du graphisme soit également utile à ces événements. Dans le même esprit nous avons ainsi organisé un atelier de travail pour les enseignants en design graphique, français et européens.

Les travaux pour le Centre international du graphisme (CIG) ont débuté, quelles sont les échéances à venir, quand ouvrira t-il ? Que pourrons-nous y trouver ?

La principale échéance à retenir est une fin du chantier pour la fin 2015 et donc une ouverture au début 2016. Les missions de ce lieu s’articulent autour de cinq pôles : recherche, formation, ressources, diffusion (expositions, éditions, conférences) et conservation, le tout à la destination d’un arc de publics allant des profanes jusqu’aux décideurs politiques et industriels en passant bien sûr par les designers, les enseignants et les étudiants. Ce lieu est pensé pour fonctionner en dynamique avec les autres acteurs du design graphique en France et en Europe, pour agir sur le territoire national autant que local. Le centre a vocation à prolonger la dimension culturelle du festival et de nos actions à l’année, mais également de contribuer à une appréhension du design graphique par le commanditaire qu’il soit issu du secteur économique, social ou culturel. Aujourd’hui, et malgré des avancées sensibles, la politique nationale du design passe trop souvent du design industriel au design numérique … sans passer par la case graphique. À nous d’être en mesure de remédier à cet oubli, d’être à la fois force de proposition et moyen d’action. 

Entretien réalisé par Véronique Marrier, chargée de mission pour le design graphique au Centre national des arts plastiques et co-commissaire de « Graphisme en France 2014 ».