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Double page d’« Extraits d’après… » Supplément du « Rapport d’activités 1986 du Cnap », Paris : Dap, 1987, n.p. Conception graphique : Grapus.

« la “création ne se décrète pas”. Aussi revient-il à tous les acteurs du CNAP de jouer ce rôle fondamental d’émulation, d’éducation.
Pour cette raison, l’image du CNAP prend une importance particulière. Elle confère à notre institution son identité visuelle – on la reconnaît immédiatement – mais elle est aussi, dès l’instant où nous nous communiquons, et sous quelque forme que ce soit, un premier acte d’incitation et de création qui se devait d’être exemplaire. Notre logo est fort, contemporain. Il provoque, interroge, interpelle. Cette image existe. Il s’agit maintenant pour nous d’en faire un instrument de dialogue. [1] » 

 

Depuis sa création en 1982, le Centre national des arts plastiques (Cnap) est attentif à la qualité graphique des objets de communication et de médiation qu’il émet. Pour sa première identité visuelle, l’établissement fait appel au collectif Grapus qui s’associe, dans le cadre de cette prestation, à l’atelier Topologies. Cette première commande est précurseur de nombreuses autres collaborations entre le Cnap et des graphistes, que ce soit pour des brochures, catalogues, cartes de vœux, éditions, rapports d’activités, ou encore pour la revue qu’il édite à partir de 1994, Graphisme en France. Ces collaborations se renforcent en 2005 – année marquée par la scission entre la Délégation aux arts plastiques (Dap) et le Centre national des arts plastiques, et par le renouvellement de son identité graphique réalisée par M/M (Paris) –, elles deviennent systématiques à partir de 2008, date à laquelle l’établissement développe une politique marquée de soutien à la création graphique, consolidée en octobre 2010 par l’ouverture de sa collection aux acquisitions de design graphique, dans la commission « Arts décoratifs, design et métiers d’art ». 

L’étude de l’histoire du Cnap en tant que commanditaire de design graphique révèle trois phases distinctes qui participent de la dynamique de commande actuelle. 

Indissociable du contexte de la politique culturelle développée par Jack Lang, ministre de la Culture, la première phase (1982-1986) constitue un moment charnière où se mettent en place les fondements et structures sur lesquels se déploieront les politiques de commandes ultérieures. 

La seconde (1990-2008), intervient dans un contexte muséal singulier du point de vue du graphisme, celui de la fusion du Musée national d’art moderne (Mnam) et du Centre de Création Industrielle (CCI) au Centre Georges Pompidou en 1992. Cet événement, s’il semble anecdotique, marque en réalité la disparition du CCI, seul lieu en France à représenter et valoriser la pratique du graphisme dans sa globalité, et à accompagner les commanditaires et les professionnels du secteur. Une corrélation peut être envisagée entre cet événement et les actions menées par la Dap les années suivantes, en faveur du design et du graphisme [2]. En effet, les années 1990 et 2000, tout en s’appuyant sur les actions menées précédemment, seront marquées par le développement et la création de ressources pour les professionnels du graphisme et leurs commanditaires, ainsi que par leur accompagnement dans la réalisation de commandes initiées, ou non, par la Dap et le Cnap. 

Enfin, la période actuelle, qui débute en 2008, manifeste d’une dynamique de commandes importante, et cristallise les actions précédentes. Tout en poursuivant une majorité des démarches engagées auparavant, cette période s’applique à déployer de nouvelles actions pour renforcer la valorisation, le soutien, la promotion et l’accompagnement du design graphique français. 

Si cette étude examine trois périodes essentielles dans la construction d’une politique de commande en design graphique, elle démontre également qu’une majorité de ces démarches est le fait de quelques personnalités, et non pas d’une politique et d’une prise en compte générale au sein du ministère de la Culture. Les actions menées entre 1982 et 2010, même si d’envergures et rémanentes, demeuraient fragiles, leur pérennité n’étant pas assurée par un cadre permanent. L’année 2010 marque un tournant avec les premières acquisitions de design graphique pour la collection de l’État. Désormais considéré comme un objet de patrimoine, le design graphique n’aura alors de cesse de s’inscrire durablement dans la politique générale du Cnap (mention du « design graphique » dans les missions du décret Cnap en 2015, création du service design graphique au sein du Cnap en 2016), favorisant la multiplication des commandes et des projets en lien avec ce domaine.

 

[1] Rapport d’activité du Cnap 1984, Paris : Délégation aux arts plastiques, 1985, page 43.

[2] Cette corrélation est d’autant plus plausible dans la mesure où certains agents de la Dap sont d’anciens opérateurs du CCI : le Délégué aux arts plastiques à partir de 1990 est François Barré, co-fondateur du CCI, et la chargée de mission pour le graphisme d’utilité publique à partir de 1991 est Marsha Emanuel, ancienne chargée de la communication visuelle au CCI.

 

TéléchargerLe Cnap, un commanditaire de design graphique (1.12 Mo)