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Biographie

Diplômé de l'École Estienne, docteur en linguistique de l'université Paris Descartes, Charles Gautier enseigne l'histoire et la théorie du graphisme à l'école supérieure d'art et de design des Pyrénées. Il est titulaire du PEA Arts plastiques spécialité Sciences humaines. De novembre 2019 à avril 2020 il est chercheur en résidence au Signe - Centre national du graphisme. En 2016, il a effectué, en collaboration avec Fabrice Mallorca, un commissariat d’exposition consacré aux œuvres graphiques d’Isidro Ferrer au Bel Ordinaire - espace d'art contemporain. Il écrit régulièrement des articles pour diverses revues comme Étapes, Strabic ou Graphê

Recherches
On l’oublie parfois mais l’écriture a une double identité : linguistique et iconique ; et si « le voir précède le mot », comme le pense l’écrivain John Berger, elle est même d’abord graphie. Seulement cette graphie, l’habitude, l’accoutumance, nous l’a rendue transparente, invisible. On lit sans regarder les lettres, ni même les mots. Et l’écriture se dissout dans l’écrit, disparaissant au profit de la pensée ou du son, et condamnant ainsi « l’image de l’écrit » à l’oubli. Qui se préoccupe, dans les pays de langue et d’écriture latine, à l’aspect visuel des lettres ? Quelques chercheurs, artistes, graphistes et typographes, ce qui est fort peu en comparaison d’autres cultures notamment en Asie ou au Moyen-Orient. Cette subordination du dessin s’est accompagnée d’un impensé de la forme. Jacques Derrida l’a montré, la philosophie n’a jamais considérée l’écriture comme un objet d’étude digne d’intérêt mais plutôt comme un « outil imparfait » et une « technique dangereuse », un médium qui viendrait « contaminer la langue ». « L’écriture, la lettre, l’inscription, écrivait-il dans De la grammatologie, ont toujours été considérées par la tradition occidentale comme le corps et la matière extérieure à l’esprit, au souffle, au verbe, au logos. » De même, les sciences humaines ont un rapport toujours conflictuel au langage dès lors qu’il n’est pas oral. En dépit des travaux sur l’écriture de chercheurs comme Jack Goody, David Olson, Roy Harris ou Anne-Marie Christin, on estime encore souvent que la graphie n’est pas un sujet sérieux. La publication en 1916 du Cours de linguistique générale n’y est pas étrangère. Rédigé par deux étudiants suisses d’après leurs notes prises lors des cours de leur professeur Ferdinand de Saussure, on peut y lire une forme de dévaluation de l’écriture. Le « signifiant graphique » y est considéré comme un médium secondaire dont l’unique raison d’être est de représenter la langue. Ainsi, les décennies suivantes mettent à l’honneur l’aspect phonétique du langage et, comme le note l’atypique chercheur Joseph Vachek, on tient l’écriture pour un « simple voile recouvrant la configuration réelle d’une langue ». Mais la graphie est-elle seulement un habit pour la pensée ? Est-elle aussi objective et neutre que certains le pensent ou le souhaitent ? Il ne faut pas oublier que le rejet apparent de Ferdinand de Saussure à l’égard de l’écriture est essentiellement circonstanciel. La séparation qu’il opère à l’époque entre la langue parlée et l’écriture détermine et conditionne l’autonomie de la linguistique comme science. La question pourrait être abordée d’un point de vue esthétique, linguistique ou encore anthropologique. Ici, nous souhaitons interroger ses dimensions sociales et politiques. Les liens entre la parole et le politique ont été décrits par Victor Klemperer, par Roland Barthes, par Pierre Bourdieu et d’autres encore. Le pouvoir de l’écrit a fait pareillement l’objet d’une littérature abondante. Qu’en est-il de la graphie ? Est-elle un fait social total ? A-t-elle un pouvoir symbolique ou performatif ? Un pouvoir d’unification ou d’exclusion ? A-t-elle été instrumentalisé par des mouvances diverses ? A-t-elle servis, au 20e siècle, comme la langue, une idéologie, une utopie, un projet politique ? Quel est son rapport à l’histoire et aux contextes politiques ? Que disent les formes graphiques produites sur les modes de vie, les usages et les pratiques d’une société ?

Bibliographie essentielle
· « Isidro Ferrer, vers une esthétique de la translucidité graphique ? », La imagen translúcida en los mundos hispánicos, Charles Gautier et Fabrice Mallorca, éd. Orbis Tertius, coll. Universitas, Val de Saône, 2016, pp. 133-145.

· « Qui commande ? », Contraintes 1, Charles Gautier et Julie Kervégan, 2012, livret 3.

· « La raison graphique », étapes 184, Charles Gautier, 2010, pp. 68-69.

· « Rousseau et l’évolution de l’écriture », Graphê 45, Charles Gautier, 2010, pp. 22-23.

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Biography

A graduate of École Estienne, a doctor of linguistics from Paris Descartes University, Charles Gautier teaches history and the theory of graphic design at the école supérieure d'art et de design des Pyrénées. He holds the PEA Arts plastics specialty Humanities. From November 2019 to April 2020 he is researcher in residence at the Signe - National Center of Graphic Design. In 2016, in collaboration with Fabrice Mallorca, he curated an exhibition dedicated to Isidro Ferrer's graphic works at the Bel Ordinaire - contemporary art space. He writes regularly for various magazines like Etapes, Strabic or Graphê.

Research work 
We sometimes forget that writing has a dual identity, both linguistic and iconic, and while “seeing precedes words”, as the writer John Berger said, it is nonetheless initially a written form. Habit and custom, however, have made this written form transparent, invisible. We read without looking at the letters or words. Writing disappears in the written word, in favour of thought and sound, thus condemning “the image of writing” to oblivion. In countries with Latin-based languages and script, virtually no-one pays any attention to the visual aspect of letters — just a few researchers, artists, graphic designers and typographers — unlike in other cultures, notably in Asia and the Middle East. This subordination of drawing goes hand in hand with an absence of thought given to form. As Jacques Derrida illustrated, philosophy has never considered writing as a worthy subject for study but rather as an “imperfect tool” and a “dangerous technique”, or a medium that “contaminates language”. As he explains in Of Grammatology, “Writing, the letter, the sensible inscription, has always been considered by Western tradition as the body and matter external to the spirit, to breath, to speech, and to the logos.”[1] Similarly, the human sciences have always had a conflicting relationship with language when not spoken. Despite works on writing by Jack Goody, David Olson, Roy Harris and Anne-Marie Christin, the written word still frequently fails to be taken seriously. This was already the case in Cours de linguistique générale (Course in general linguistics) published in 1916 by two Swiss students based on their course notes from Professor Ferdinand de Saussure classes, in which writing was already denigrated. It considers the “graphic signifier” as a secondary medium that only exists in order to represent language. Throughout the following decades, therefore, the phonetic aspect of language was given precedence, relegating writing to what the scholar Joseph Vachek expressed as “a simple veil covering a language’s true appearance”. But is the written word merely clothing for thought? Is it as objective and neutral as some would like it to be or indeed think it is? It must not be forgotten that Ferdinand de Saussure’s apparent rejection of writing is largely circumstantial. The separation he made at that time between the spoken language and writing determined and conditioned the autonomy of linguistics as a science. This question has been examined from several viewpoints, namely aesthetic, linguistic and anthropological. Here, however, we have chosen to look at its social and political aspects. Links between words and politics have been written about by Victor Klemperer, Roland Barthes, Pierre Bourdieu and others. The power of writing has also been the subject of many publications. But what about the written word itself: is it a “total social fact”, and has it been used by various movements? Did it serve an ideology, utopia or political project in the same way as language had during the 20th century? What is its relationship with history and political contexts? What do graphic forms tell us about a society’s lifestyles, uses and practices?

 

[1] Translation by Gayatri Chakravorty Spivak.